La Beauté Naturelle Selon Timotei

La campagne pour la nouvelle gamme de produits coiffants Timotei est sur les panneaux d’affichage et dans Terra Eco. L’analyse cosmétologique de cette gamme se révèle décevante tout comme la réflexion marketing : des assertions vagues portées par des jeunes femmes placées, cheveux au vent, dans des espaces naturels – que l’on ne prend pas d’ordinaire pour sa salle de bain. Cette gamme de produits coiffants est “enrichie en résines naturelles et sans paraben. Pour un style parfait tout en respectant la nature de vos cheveux” (dixit le site internet). Pas de label en vue du côté de la laque brillance nacrée, juste de l’huile de rose, de l’extrait de perle ; pour le caractère naturel du produit, le site présente une seule assertion :

La résine végétale Timotei est un extrait de myrrhe, un produit sécrété par l’abre à myrrhe, originaire d’Afrique. Utilisée pour les soins capillaires, elle est présente dans chacun des produits coiffants Timotei, pour une fixation qui respecte les cheveux, naturellement.

Le choix des mots dans le lexique naturel ne suffit pas à justifier “La beauté naturelle à prix doux”.  Le prix modéré s’explique sans doute par une quantité moindre d’extraits naturels (chers) par rapport à d’autres gammes dites naturelles. Le virage vert de Timotei, renforcé par l’arrivée de Timotei Organic Delight, gamme de shampooings labellisés bio (analyse cosméto chez (dé)maquillages et marketing chez Génération EcoGreen), ne semble pas participer d’un changement profond dans la perception et la consommation des cosmétiques naturels/bio/équitables. Tout change pour que rien ne change.

Lolita Lempicka X Ekyog

Après la vidéo pour la vide-dressing week, je vous partage celle de Lolita Lepicka pour Ekyog. Nathalie Lebas-Vautier d’Ekyog invite Lolita Lempicka dans une collection printanière et champêtre. La créatrice de parfums se conforme aux exigences en termes de production et de distribution de la marque de mode bio et équitable. Cela donne un film où deux mondes se rencontrent, celui d’une mode féminine connue dans le monde entier et celui d’une mode de niche qui construit une autre façon de concevoir des vêtements. Cette rencontre a certainement plus de poids que celle de H&M avec le coton bio  parce qu’ici le qualitatif est préféré au quantitatif. Cette collaboration aura assez certainement moins d’écho que le verdissement du géant textile mais permet une réflexion plus en profondeur sur la façon de consommer pour se vêtir.

Après inspection en magasin, je peux dire que les pièces de Lolita Lempicka pour Ekyog sont de belle qualité et donnent envie de prendre l’air au jardin en cocktail en tenue de soie coton. Le prix peut être dissuasif du fait que ce n’est pas de la fast fashion et que  beaucoup de soin a été accordé aux matières et les finitions ; à voir comme un investissement (sinon, option fauchée, attendre les soldes ou, option fourbe, à se faire offrir par anticipation pour votre anniversaire/Pâques/Noël).

Les collaborations de ce type peuvent être casse-gueule, le risque étant que l’une des parties fasse des compromis sur ses valeurs. Je crois que le discours alternatif du pour longtemps y a néanmoins pris sa place et ça me plaît de la part d’Ekyog. On n’est pas tout à fait dans le ‘Don’t buy this jacket‘ de Patagonia mais dans ce que Nathalie Lebas-Vautier appelle la positive fashion. Dans cette période où le regard change peu à peu sur la consommation (alimentation, meubles, vêtements etc), la positive fashion a évidemment sa place. Il y a en fait de la place pour chacun, de celui qui ne jure que par les fripes en association solidaire à celui qui n’achète que quelques pièces par an mais forcément neuves et en boutique. Signe que l’offre s’élargit pour le consom’acteur.

Vide-Dressing Week

Excellente cette vidéo, excellente cette campagne. Elle met en image avec sens esthétique et bon sens le cycle de vie d’un objet du quotidien, et pas n’importe lequel : LA veste. La veste que l’on accorde avec tout, qui donne un peu de chaleur en demi-saison et que l’on accompagne d’une écharpe lorsque le temps rafraîchit, la veste qui habille une tenue, la veste que l’on met pour sortir dîner ou pour aller faire ses courses. Cette vidéo parle à peu près à toutes les jeunes femmes, celles qui ont trouvé la perle rare en soldes chez Zara ou la version originale chez Chanel. Lire la suite

Forever Now

Icons of heritage : the green and red stripe. Inspired by the beauty and grace of the equestrian. Signature colors for legacy.

Forever Now, c’est une des campagnes de Gucci incarnée par Charlotte Casiraghi dont on a vu les premières images cette semaine. La griffe italienne vert-rouge nous livre une réinterprétation de son héritage et de ses codes distinctifs, comme ses consoeurs du secteur du luxe savent si bien le faire. Comme Santa Maria Novella, voilà un savoir-faire hors du temps dont la réputation va bien au-delà de l’Italie.

Le visage de Forever Now est celui d’une contributrice d’Ever Manifesto, exemple de recherche de développement durable dans la luxe. Le dernier opus intitulé Everbamboo est consacré au bambou, emblème de la maison Gucci. Evidemment, ce travail n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de fast fashion. Pourtant, on a besoin de symboles et d’ambassadeurs de la slow fashion, d’icônes qui donnent envie de troquer/réutiliser ses accessoires et de vider son dressing à l’arrivée du printemps. Le luxe, malgré son lot d’ostentation, continue de me donner une leçon, moi consommatrice lamda – celle de choisir avec soin et d’aimer pleinement les objets du quotidien, maintenant et pour longtemps.

Pêle-Mêle Cosmétique Autour De Santa Maria Novella

Vanity, Garance Doré

J’ai beaucoup lu de magazines féminins ces derniers temps et scruté le traitement des cosmétiques naturels, bio, équitables. La liste des gammes labellisées des marques grand public s’allonge - Timotei Organic Delight en France et Organic+ en Chine en sont le dernier exemple – le créneau se porte bien, tandis que la mention sans paraben est devenue un passage obligé, parfois décrié. Malgré des évolutions dans les formulations des produits perceptibles ces dernières années, la communication des marques évolue peu, et finalement se ressemble d’une campagne à l’autre. L’argument naturel est quelque peu galvaudé à force d’être partout.

Alors je regarde aussi des marques de niche, celles qui ont une identité forte, des valeurs qui inspirent et des origines qui font rêver, bref qui évoquent une Madeleine de Proust. Lire la suite

Un Produit De Beauté Doit-Il Etre Cher Pour Préserver L’Environnement ?

Vu dans Citizen K International de l’automne 2011, l’encart Yves Rocher 1er du développement durable en France*

Un produit de beauté doit-il être cher pour préserver l’environnement ?

Un produit de beauté doit-il être cher pour être efficace et de qualité ?

En soi, le prix n’est pas une valeur, l’essentiel est à l’intérieur.

* Sur le secteur Cosmétique, Observatoire du Développement Durable IFOP 2009 et 2010. Imprimé sur papier issu de forêts gérées durablement, par une imprimerie labellisée Imprim’Vert.

J’ai trouvé peu de commentaires sur cette publicité à part celle de L’Observatoire indépendant de la publicité qui l’a ajoutée dans sa galerie en novembre dernier. Les notes ne sont pour l’instant pas très hautes. En cause, des engagements flous, la référence à une étude lamda (pas de l’Ademe en tous cas) permettant de communiquer sur cette place de n°1, et l’absence de mention de label indépendant faisant autorité dans le secteur des cosmétiques. Yves Rocher ne présente pas beaucoup d’arguments ici alors qu’il est l’un des premiers communicants concernant le développement durable, depuis sa campagne Récoltant, fabricant, distributeur (janvier 2009).

La question qui m’intéresse le plus ici est de savoir quelle est la place du prix dans le positionnement des produits Yves Rocher. La marque est en effet connue pour des produits bon marché, des offres, des remises aux clients et par conséquent ne met pas en avant dans sa communication l’extrême qualité de ses produits. En fait, l’argument semble inversé ici. Le mascara présenté est l’un des plus chers de la gamme et qui plus est, en édition limitée. Sauf que rien n’est spécifié de ses qualités pour la santé ou pour l’environnement. Fausse alerte. Dommage, la question que pose Yves Rocher appelle un ensemble de réponses que les laboratoires cosmétiques se devront de donner peu à peu pour accompagner les consommateurs dans les évolutions du monde passionnément complexe des artifices de la beauté.

Campagne Phyto ‘La Puissance Végétale’

Tiens, Phyto est de retour !

La première fois que j’en ai parlé ici, il y a deux ans et demi, je n’étais pas convaincue par l’utilisation de la signature L’écologie des cheveux – et d’ailleurs l’Observatoire indépendant de la publicité avait épinglé une publicité qui “induit en erreur par les mots employés”. Depuis, loin de s’être perdue dans le virage naturel des marques mainstream, Phyto s’offre une nouvelle campagne d’affichage présente depuis mercredi dernier sur nos abribus, un lifting de site et une page Facebook. La gamme phytokératine est à l’honneur, avec le shampooing réparateur élu produit de l’année ainsi que l’indique le macaron rouge en bas à droite. Deux points à relever :

D’une part, la nouvelle signature me semble bien mieux que L’écologie des cheveux, cette dernière étant plus que jamais ambigüe. Reste à savoir s’il plaira au créateur de cosmétique végétale qu’est Yves Rocher que la signature d’un laboratoire pour produits capillaires résonne avec la sienne. Quant à la puissance qui est un terme engagé et qui implique des résultats, ce sera aux consommateurs et aux blogueurs (à l’image de (dé)maquillages) de se prononcer.

Visuellement Phyto demeure incarné par une jeune femme au buste couvert par sa chevelure (dans la campagne 2009 et 2010) et par la végétation dans cette nouvelle campagne. Dans la première campagne, les cheveux étaient domptés, lissés, brushés ; dans l’édition 2012, ils sont moins travaillés et comme laissés à l’air libre sans autre artifice. Beaux par nature. Lire la suite

Campagne Casino ‘Acteur Local Engagé’

 Mention spéciale au Groupe Casino qui dans sa campagne ‘Acteur local engagé‘ use là où il faut de la sémantique du développement durable.

En print (la pub ci-contre est tirée du Point) ou sur le site acteur-local-engagé, de beaux slogans, articles, réflexions, photos sur des opérations réalisées au sein des communes et des associations.

La question est de savoir pourquoi on utilise ce genre de termes maintenant, et à profusion, ce qui fait qu’ils sont vidés de leur sens. Initiative locale et acteurs engagés ne sont pas des caractéristiques auxquelles je penserais en premier pour décrire Casino. Pratique, flexible, proximité, oui certainement – irremplaçable Petit Casino à 50m qui dépanne le samedi soir à 19h30.

Si le vocabulaire DD est détourné, il va certainement s’enrichir de nouvelles expressions qui entreront par la suite dans le langage courant. J’attends le jour où je lirai sur un pub Casino les mots locavore et circuits courts. Lire la suite

Bonjour 2012

Mes meilleurs voeux pour cette année 2012 qui sera certainement colorée de rouge – au hasard, comme les lunettes d’Eva Joly – et de vert – comme les prétendus arguments de bien des produits de grande consommation. Initiatives locales et acteurs engagés seront également au menu de cette année, aux côtés de locavore et de Made in France, pour ceux qui veulent vivre d’idéaux et repousser les murs.

En parlant d’acteurs engagés, zoom sur Grenoble, où j’ai posé mes valises et où le développement durable se conjugue au pluriel, je vous invite à aller lire sur Ecolo-Info les portraits d’Isabelle Légé de l’Epicerie locavore et de Bérengère Reale d’Oclico.com et à parcourir une sélection du Festival du Film Nature et Environnement ainsi qu’une déclinaison locale de la campagne Le Juste Fruit.

C’est parti pour une année du tonnerre… bonne semaine à tous !

Lectures D’Hiver

L’hiver est là et que vous soyez en pause ou en pleine activité, je vous partage une revue de bouquins croisés au gré des rencontres (j’emprunte, j’échange, je troque) et de vagabondages au gré des rayons de la bibliothèque municipale et des librairies. Avant tout, notez la philosophie du jour de Garance Doré qui chausse ses chaussures de rando : “C’est mon amour de la nature et du plein air qui essaye de transpercer les barrières de ma superficialité.”  Je la fais mienne. Mais trêve de blogs, revenons au pêle-mêle littéraire.

La fragilité, faiblesse ou richesse ? (2009) Ensemble de réflexions sur la fragilité de l’humain et surtout une contribution sur le développement durable qui renverse la conception victimisante et manichéenne que l’on entend habituellement.

Eloge du carburateur de Matthew B. Crawford (2010) Une pépite qui allie philosophie et cambouis. Objet, travail, effort, tous les concepts au centre de notre société de l’abondance se retrouvent analysés de façon passionnante. Et sont une invitation à regarder son propre travail différemment.

Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer (2010) Un essai sur la consommation (ou non) de viande et poisson qui a fait couler beaucoup d’encre et auquel je viens de m’attaquer. Vous ne manquerez pas de me faire remarquer que les fêtes de fin d’années ne sont peut-être pas le moment idéal pour se plonger dans ce genre de lecture mais mon goût de la contradiction est plus fort que cet argument !

Est-ce ainsi que les hommes vivent de Gabriel Bauret (2005) Un album de photos prises aux quatre coins du monde et notamment celles de Sebastiao Sagaldo. Magnifiques photos de gens, d’objets et de paysages autour d’un titre qui reprend une belle chanson de Léo Ferré et les vers d’Aragon (Bierstube Magie allemande dans Le Roman inachevé) :

Est ce ainsi que les hommes vivent

Et que leurs baisers au loin les suivent

Bonne lecture, au coin du feu, dans le train, au frais, au chaud…

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