Les Voyages D’Erik Orsenna

2009_07_01

Erik Orsenna est un conteur délicieux et généreux qui sait poser les mots pour faire voyager son lecteur. Il décrit les processus économiques avec le regard d’un passionné. Il raconte le phénomène de la rareté comme on nous lirait une histoire. Tour à tour économiste et philosophe, il explique les tenants et les aboutissants du système globalisé en partant du cas des matières premières. « Pour comprendre les mondialisations, celles d’hier et celle d’aujourd’hui, rien ne vaut l’examen d’un morceau de tissu » affirme-t-il. Voilà un auteur qui laisse fait le dessin du monde permettant de comprendre où et comment a été produit le T-shirt acheté en soldes dernièrement. C’est quelqu’un qui définit le développement durable non comme un luxe de pays riches mais comme une réaction nécessaire à la rareté.

Pour bien des aspects, la question du coton qui concerne 35 pays africains et fait vivre plus de 16 millions de personnes en Afrique de l’Ouest, résume à elle seule le paradoxe de la gestion des matières premières : jamais la quantité et la qualité n’ont été aussi élevées ; jamais sans doute la filière n’a été confrontée à une crise financière et sociale d’une telle ampleur. La réussite éclatante des cotonculteurs africains a entraîné une dépendance accrue des pays cotonniers vis-à-vis du marché mondial. Enfin, le succès agricole du coton en Afrique n’a pas eu de relais industriel.

Un monde de ressources rares, p. 21

Ce qui est particulièrement intéressant chez cet économiste (LSE puis thèse), c’est sa capacité à poser des questions fondamentales sous la forme de contes. Le premier dans lequel je me suis plongée, L’exposition coloniale (1988), raconte le caoutchouc à travers la forêt brésilienne, Michelin et des personnages au destin élastique. Voyage au pays du coton (2006) mêle douceur des fleurs blanches et dureté des conditions de production du coton. Enfin, Un monde de ressources rares (2007) est un ouvrage à la fois académique et imprégné de la prose d’Orsenna met en évidence la valeur de nos ressources naturelles.

Les fibres de coton sont douces, souples, et pourtant solides. Elles résistent à l’eau et à l’humidité. Elles ne s’offusquent pas de nos transpirations. Sans grogner, elles acceptent d’être mille fois lavées, mille et une fois repassées. Elles prennent comme personne la teinture, et la gardent… La longue liste de ces qualités a découragé les matières naturelles concurrentes, animales et végétales (…). Et c’est ainsi que le coton vêt l’espèce humaine.

Voyage aux pays du coton, p. 16

Revenons à nos soldes. Les passionnés de l’envers de l’étiquette doivent savoir que l’Inde et l’Egypte comptent parmi les principaux producteurs de coton, qu’il est tiré d’un arbuste qui a besoin de chaleur et de lumière et dont le nom scientifique est Gossypium (comme la marque). Mais Orsenna va plus loin. Il parcourt les lieux où le coton règne. Production à Bamako, décisions à Washington, pressions des lobbys de Memphis, présentation du Musée du coton du Caire, compétition à Datang, capitale de la chaussette. Le coton amène aussi des rencontres : Mark Lange défend la filière coton américaine, Lucien Séguy expérimente de nouvelles méthodes de culture en prenant exemple sur l’équilibre de la forêt, M. Akhmedov vante les performances du coton ouzbek là où passait autrefois la route de la soie. Merci pour ces voyages, Monsieur Orsenna.

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