Mode Et Recyclage Selon Mondzain

Une réflexion à signaler au hasard de lectures éclectiques (je vous ai habitués davantage aux magazines féminins dernièrement qu’aux essais philosophiques – Changez, tel est bien l’ordre de cette Quinzaine): celle de Marie-José Mondzain sur la mode, bien plus qu’une préoccupation légère de choix de tissu, mais bien enjeu de l’image sociale et de soi. Ses réflexions sur l’image (L’Image peut-elle tuer ?, 2002) ont complété le cours d’Art et Politique que je suivais passionnément. J’ai trouvé dans La Mode (Les Petites Conférences, Bayard, 2009) transcrivant une conférence donnée le 28 mars 2009, une discussion complexe sur nos habitudes vestimentaires.
La chercheuse et philosophe fait une petite histoire de la mode et de ceux qui la suivent (p.29) et conclut au phénomène de la mode comme industrie du spectacle et de la communication (p. 56). A la lumière d’une grille de lecture marquée par les analyses de Debord et de Barthes, se trouve en effet le portrait de notre société du spectacle où l’on se met plus que jamais en spectacle par la mode.

J’ai retrouvé au fil des pages le paradoxe extrêmement fort entre fast fashion et sustainable fashion. Sans aborder dle thème de la mode durable ou du textile bio/équitable, les lignes de Mondzain sur l’usure et la réparation des vêtements ont résonné en moi.

Le recyclage a en effet longtemps été la caractéristique de la majorité désargentée et le tailleur réservé à l’aristocrate. « Pendant des siècles, la pauvreté a ignoré la mode. La misère est conservatrice par nécessité (…) En vérité la mode ne concerne que ceux qui peuvent se changer avant d’avoir usé et progressivement jetteront sans réparer » écrit Mondzain (pp. 48-49). Le prolongement de cette pensée s’inscrit directement dans les tendances recyclage mises en avant par les médias actuellement. Dernier titre en date, le supplément de L’Express :

Avant, recycler était triste, voire miséreux. Ce comportement correspondait à une gestion prolétaire et paysanne de l’usure. La misère était conservatrice par nécessité, et seuls les plus aisés s’offraient le luxe de ne pas attendre que leurs vêtements soient usés pour les changer. La mode ne concernait qu’eux. Or on assiste à une inversion des valeurs. Aujourd’hui, conserver est un comportement paré de toutes les vertus chez les privilégiés – qui ont les moyens d’acheter de belles pièces – tandis que les moins riches sont contraints de jeter rapidement des vêtements de piètre qualité qui s’usent à la vitesse grand V.

Marie-Josée Mondzain dans « Recyclage version luxe« . L’Express Styles, 2 avril 2010

Comme dans un retournement de valeurs, les créatifs culturels se réapproprient le recyclage, même s’ils ont les moyens d’acquérir du neuf. A ceux qui critiquent l’imposition des valeurs opérée par les faiseurs de tendances, répondent les individus enclins à jouer et détourner les codes. La mode comme engagement politique et social davantage qu’économique se décline dans la tendance vintage. A moins que ce soit un engagement à simplement chercher la beauté dans le quotidien…

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Campagne Ademe « Réduisons Nos Déchets, Ca Déborde »

2009_10_21J’aime beaucoup l’idée de recyclage dans le sens de récupération et de transformation (une petite réflexion à lire ici) et je suis toujours curieuse de découvrir les campagnes de publicité à ce sujet.

La Semaine européenne de la réduction des déchets commence aujourd’hui. Le slogan « Réduisons nos déchets, ça déborde » évoqué dans l’article d’Actu Environnement m’a plu mais je suis un peu étonnée devant le visuel. Un monstre de détritus, une menace permanente de déchets ménagers : la campagne est construite sur un registre assez culpabilisant. Cela dit, elle ne s’arrête pas là et le site Internet offre des solutions nombreuses pour la maison comme pour l’entreprise. 

Un exemple, les vêtements :

Des associations collectent des vêtements, des livres, des jouets ou encore du mobilier afin de leur donner une nouvelle vie et de les redistribuer à ceux qui en ont besoin. Les vide-greniers, les brocantes, ou les dépôts-ventes sont également un moyen de transmettre à d’autres ce dont on n’a plus l’usage. En donnant par exemple des vêtements qu’on ne porte plus, on peut réduire ses déchets de 2 kg par personne et par an.

Finalement, l’initiative  que je préfère dans la campagne européenne vient de Belfast, elle s’appelle Stitch and Style (Maille et Style). Il y a quelque chose de rétro dans l’affiche qui rend l’opération attirante, sympathique, accessible. Bon clairement, mon humeur n’est ni au tricot ni à la couture mais plutôt à fouiller dans les placards et à réinventer avec ce qu’il y a. Le recyclage, une des petites joies du quotidien, je vous dis.

Recyclage

Recyclage. n. m.  (1960 ; de re- et cycle). Nouveau traitement, nouveau passage (dans un cycle d’opérations). Le mot est rentré dans le langage courant et Recycler est devenu un slogan et une habitude pour beaucoup. D’ailleurs, c’est bien pour ça que hier soir, après notre dîner, nous traversions le centre ville avec nos bouteilles en plastique et en verre. Au-delà du tri sélectif, j’aime l’idée de réutiliser. Faire du neuf avec du vieux. Changer la décoration d’une pièce à partir de rien, un peu de peinture et d’imagination. Echanger, prêter des accessoires et des bijoux (°message subliminal à ma soeur°). Retrouver un objet fétiche dans un placard et l’adopter à nouveau.

Le recyclage des activités semble aussi être en vogue. Opportunisme ou militantisme de longue date, ils sont nombreux, entreprises, politiques, célébrités à effectuer un virage dans leurs engagements. Les listes écolos qui réalisent un bon score en Europe ; Gisele Bündchen businesswoman accomplie qui défend sa marque Ipanema et s’engage en faveur de The Rainforest Alliance ; Gwyneth Paltrow actrice incarnant la new-yorkaise typique qui fait la promotion du bien-être spirituel et corporel avec GOOP ;  Zara et H&M symboles de la fast fashion qui développent des lignes en coton issu de la production biologique. Comme si se recycler était devenu un passage obligé pour asseoir sa crédibilité et sa notoriété, comme si recycler était devenu synonyme d’innover.